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  • Le Club des Ambassadeurs de Wazemmes
  • Le Club des Ambassadeurs de Wazemmes est constitué d'une équipe de retraités dynamiques dont l'objectif est de transmettre la mémoire du quartier à toute les générations....
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14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 09:34

DESROUSSEAUX Alexandre

 

Le bon Dieu me dit: Chante !

 

Chante! pauvre petit.

Et le bon Dieu ayant créé Desrousseaux pour chanter, Desrousseaux chanta et surtout fit chanter ; car ses chansons ont pénétré jusque dans la moindre chaumière du Nord et du Pas-de-Calais, et ses refrains ont accompagné, -mélodique cortège - les obus et les bombes lancés sur Sébastopol par nos canons victorieux.

 En ce temps-là, nos canons savaient encore vaincre !

Mais avant d'aligner des rimes patoises et d'écrire ses refrains si pleins d'un naturel exquis, DESROUSSEAUX avait endossé l'uniforme du gagiste musicien et jouait de la clarinette dans le 46° de ligne, le régiment de la Tour-d'Auvergne, premier grenadier de France. Les anciens du 46e  disent encore, en prononçant ce nom fameux: "Son Coeur est parmi nous."

Vrai garchon de Saint-Sauveur, ainsi qu'il prend plaisir à le dire lui-même, dans son langage populaire, Desrousseaux, qui ne voyait pas un brillant avenir s'ouvrir devant lui dès ses premiers pas, crut trouver une carrière sous l'uniforme il n'y trouva que des désillusions qui le ramenèrent à Lille. Le Mont-de-Piété reçut... non pas ses nippes, heureusement, mais son humble personne en qualité de surnuméraire ; et, comme un emploi de titulaire se faisait attendre, Desrousseaux s'apprêta à regagner Paris, qui l'avait vu et entendu jouer de la clarinette.

Ce fut alors que le bon Dieu, sous la forme d'un digne garçon appelé Danis, lui dit un soir :

Chante! pauvre petit.

Danis ayant su que Desrousseaux avait écrit le Spectacle gratis, l'entraîna dans une réunion chantante, dont lui-même et Debuire faisaient les principaux frais, et l'on força Desrousseaux à chanter son Spectacle gratis. Le chansonnier était lancé du premier coup ; on l'acclama, on l'encouragea  à continuer; Auguste Wacquez réunit en recueil ses premières productions, et M. Gentil-Descamps, l'homme le plus serviable du monde, - il soupe tous les soirs chez les morts - le fit entrer à l'hôtel de ville, bureau de l'étal civil.

Aujourd'hui, Desrousseaux a posé et maintien sur sa tête la couronne des chansonniers lillois, que personne n'a jamais songé à lui disputer. Il l'a gagnée surtout par la valeur de ses chansons, qui forment quatre volumes bien comptés. Il en a dédaigné d’autres, de quoi peut-être en faire autant.

Desrousseaux était un charmant et gai Chanteur, au bon temps des amours de Jeannette et de Girotte ; le sel gaulois se prélassait hardiment dans ses chansons, et leur donnait une saveur qui faisait claquer la langue au palais. Il en composait lui-même la musique, les chantait avec une jovialité à nulle autre pareille, et bien difficile eût été celui qui lui eût jeté la pierre. Petit à petit son talent se transforma, se moralisa tout en perdant de sa naïveté primitive, et le chanteur suivit l'exemple du chansonnier.

Desrousseaux se fit ténor, lança amoureusement de petites notes semblables à celles qui devaient sortir du gosier des chansons de la chapelle Sixtine, finiola, ainsi qu'il pourrait le dire dans une de ses chansons, et tout en voulant faire du bon goût, perdit quelque peu de son naturel. Il retrouve ce naturel tout entier quand il se remémore quelque bonne chanson des premiers temps, mais s'oublie tellement quand il finiole les dernières mesures de l'habit d' min vieux grand-père, que j'ai souvent été tenté de le rappeler à la vérité, dans ces moments-là, par quelque violence coupable.

 Desrousseaux est désormais le premier, le seul peut-être des chansonniers lillois qui mérite ce nom ; de fil en aiguille, il est arrivé à avoir une médaille d'or de la Société des Sciences et Arts, et l'emploi de chef du bureau militaire et des contributions à l'hôtel de ville. Il a des goûts simples, non pas cependant à propos de la famille, car il remue les mioches, presque à la pelle; mais il se dit que les familles nombreuses sont les familles heureuses quand  chacun de leurs nombres apporte l'eau au moulin, et il fait résolument face, à force de travail et d'énergie, aux années difficiles, certain d'un avenir que toute cette marmaille lui fera doux et exempt des soucis du moment présent. Que d'heureux n'a-t-il pas faits lui-même, par son active et généreuse participation à toutes les oeuvres charitables qui réclamaient son concours !

Desrousseaux porte allègrement une bonne cinquantaine d'années ; ses cheveux grisonnent; mais son heureux caractère reste jeune. Il a été, est et sera l'une des personnalités les plus sympathiqucs de notre ville. Il a fait des jaloux parmi ceux qui ne pouvaient atteindre à sa popularité, mais il n'a jamais su se faire un ennemi déclaré, car si l'on n'admire pas toujours Desrousseaux comme chansonnier, on estime l'employé fidèle, le père de famille dévoué jusqu'au sacrifice, et l'on aime surtout l'ami sincère qui ne vous tend jamais la main sans y avoir mis à l'avance tout son cœur.

 

Texte sorti des archives de Bernard Deroubaix.

 

PUB-GAMB-copie-6.jpgMaison de Desrousseaux, rue Saint-Sauveur, démolie vers 1960

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