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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 16:04
  • Cours et Courettes Lilloises

 

Ce mode d’habitat à l’intérieur des îlots urbains est très répandu et a pris des formes très variées suivant les villes et quartiers. Mais nulle part, ce phénomène ne constitue par son originalité, son importance, sa valeur historique et sociale, un type d’habitat comparable à ce que représente pour Lille l’ensemble des cours* et courettes de la ville pour Roubaix et Tourcoing, celui des courées.

C’est cependant à Lille que l’étude des cours présente le plus d’intérêt, car le vieux centre de la ville en possédait déjà alors que Roubaix et Tourcoing n’étaient que de simples villages.

Les courées de Roubaix et Tourcoing peuvent être assimilées à celles des quartiers plus récents de Lille, tels que Wazemmes, Esquermes, Moulins, petites bourgades avant la poussée industrielle du XIX° siècle.

Cachées aux yeux du promeneur non averti, ignorées des plans, noyées dans les statistiques parmi les milliers de maisons lilloises, les cours de Lille doivent être tirées de cet anonymat pour constituer un sujet d'étude

Leur localisation, leur importance numérique, révèlent l’ensemble cohérent qu’elles forment. L’étude de leur origine donne toute l’explication de l’organisation des maisons les unes par rapport aux autres dans le cadre de la ville. Si leur description fait découvrir un aspect original de l’habitat urbain de Lille, elle met en lumière l’influence néfaste qu’elles ont sur le genre de vie de leurs habitants dont l’importance démographique est toujours grande malgré une diminution continue.

De tous temps elles ont posé aux municipalités de Lille des problèmes que les diverses solutions apportées jusqu’ici n’ont pas résolu.

 

Les cours des communes annexes en 1858

 

Tout comme dans le vieux Lille, l’apparition des cours est liée à l’afflux brusque de population ouvrière à loger auprès des usines. L’annexion de ces communes, coïncidait avec l’essor de la grande industrie dans cette ville.

Or, c’est à Wazemmes, Esquermes et Moulins, qui déjà étaient des bourgades et possédaient un noyau ouvrier important que se fixèrent les usines. Sur le territoire du nouveau Lille, s’organisa la répartition des quartiers : Wazemmes, Moulins, quartiers ouvriers et Esquermes dans une moindre mesure.

L’absence de moyens de transport, longueur de la journée de travail, spéculation causèrent la floraison des  cours.

Des usines s’installaient, des ouvriers arrivaient, à cette époque construire des maisons présentait un bon placement, le territoire de Wazemmes fut vite partagé entre un certain nombre de propriétaires décidés à faire bâtir. Certains possédaient de grands terrains, ils y ouvrirent des rues particulières. ( le livre de Bertrand sur les rues de Lille note ; rue Austerlitz, ouverte par des particuliers qui en ont abandonné le sol à la commune de Wazemmes en 1846).

 

Tirer le plus grand parti possible du terrain, était le but des propriétaires. La meilleure solution était de copier l’habitat en cour qu’on connaissait dans l’ancien Lille. Il ne comportait que des avantages pour le propriétaire :

- Permettait l’emploi des terrains de l’intérieur de l’îlot qui coûtaient bien moins chers que ceux en bordure de rue.

- N’entraînaient aucuns frais de viabilité, pas de construction d’égouts, pas de trottoirs.

- Seules les maisons en bordure des voies publiques étaient soumises à une autorisation de construire préalable.

Aussi vit-on le quartier se couvrir à la fois de rues et de cours. La cour d’Alger fut construite en 1838, l’année même de l’ouverture de la rue ; la cour d’Aboukir date également de 1838 comme la rue. Dans la rue Magenta ouverte en 1861, la cour Depienne date de 1859. L’importance de la spéculation à la base de l’apparition de ces cours et soulignée par la raison sociale des propriétaires et la consultation des matrices du cadastre il ressort qu’un certain nombre de propriétaires sont soit des commerçants, des rentiers ou des entrepreneurs en bâtiment dont l’intérêt est évident.

 

 Les cours des communes annexées apparaissent comme une transplantation d’un type d’habitat du vieux Lille. Il s’est opéré une systématisation de l’habitat en cour : soit l’emplacement de la cour et son accès ont été projetés lors du lotissement de l’îlot et les maisons de la cour construites en même temps que les maisons en bordure de rue (cité Théry, cité Ste Marie à Wazemmes, cour Julien, rue d’Aboukir) ou bien la cour résulte d’une exploitation maximum de l’habitabilité des parcelles normales de bordure de rue (cour Picavet, cour Malfait, également rue d’Aboukir), le propriétaire ménageant un accès depuis la maison située en bordure de rue.

 

 

Etude de Geneviève Pinchemel en 1954

*A Lille on dit cour ou courette pour les petites unités cachées au fond d'un couloir étroit.

Cité pour celles qui sont largement ouvertes sur la rue.

  

 

 

 

 

 

 

                                                                                                                                                               

           

 

 

 

 

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