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  • Le Club des Ambassadeurs de Wazemmes
  • Le Club des Ambassadeurs de Wazemmes est constitué d'une équipe de retraités dynamiques dont l'objectif est de transmettre la mémoire du quartier à toute les générations....
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25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 13:42

Souvenirs Lillois, par Louis Legougeux en 1904

 

Le souvenir de ce qu’étaient certains quartiers de Lille avant l’agrandissement de 1858, est déjà presque perdu pour beaucoup de Lillois, même parmi les moins jeunes.  Il ne manquait point de lieux agréables où l’on se retrouvait en famille, dans les guinguettes des faubourgs de la Barre, de Wazemmes, de St Maurice des Champs, de la Madeleine, de St André.

Mais pendant la semaine surtout, les remparts étaient le lieu de prédilection des promeneurs : vieux rentiers, bonnes d’enfants, nourrices escortées de leurs poupons ; militaires à la recherche de quelque payse, gamins de tout âge, flâneurs de profession, sans compter les ivrognes qui se glissaient à l’ombre de quelques arbres, sur les revers des talus, pour se livrer à un doux sommeil. Cette catégorie d’individus existe encore : seulement elle est devenue légion…

En 1848, les gardes nationaux se donnaient rendez-vous sur les remparts pour faire l’exercice et apprendre la charge en douze temps avec les fusils à pierre de 1815. Nous étions parmi ces zélés… Les affaires étaient complètement arrêtées, on avait des loisirs.

Avant l’agrandissement, les rues qui aboutissaient aux portes avaient l’entrain, la vie qu’on ne leur voit plus maintenant ; le quartier où se trouvait la porte de la Barre a perdu beaucoup de son activité et de son importance ancienne.

A quelques pas du cabaret de la Botte de Paille, voici le Pont-Tournant , jeté sur le canal de la Moyenne Deûle. Notre rivière, plus limpide que de nos jours, suivait un  cours très sinueux : de l’écluse alors établie où existe le passage qui mène au jardin Vauban, elle entrait en ville près de la Brasserie de la Réforme, à la grille d’en haut ; ce long parcours fut abrégé au moyen d’un redressement du canal, et l’on a élargi le bassin.

A la place où nous avons le joli square de la façade de l’Esplanade se trouvait un vaste chantier s’étendant jusqu’à la rue de Fossés-Neufs. Là, sont amoncelés des matériaux de toutes sortes : bois, grès, briques, etc… c’est un quai de déchargement. La berge en pente naturelle facilite la mise à terre des bois venant par trains flottants, longs parfois de plus de cent mètres. On y vient abreuver les chevaux du quartier.

En quittant la belle Esplanade dont les arbres alors dans toute leur magnificence, élançant leurs branches enlacées, formaient voûte dans l’avenue principale et une sorte de muraille de verdure dans les autres allées, c’était à contre-cœur que l’on revenait vers le Pont de la Barre. Les promeneurs préféraient la rue des Fossés-Neufs, le quartier élégant en ce temps-là. Mais comme tout change ! A présent nous habitons des maisons construites dans « le grand genre » et dans la nouvelle ville, nous sommes surpris de la modestie de nos goûts d’alors. On se serait trouvait si fier et si heureux d’occuper l’une de ces proprettes petites maisons à porte fermée des rues Négrier, d’Anjou, des Fossés-Neufs !

Ne quittons pas le quartier de la Barre sans rappeler quelques souvenirs. En voici un au sujet des bateaux au charbon : lorsque la bélandre était complètement déchargée, on utilisait une partie bien appropriée et nettoyée pour la circonstance et l’on faisait une petite fête. Le réceptionnaire du bateau réunissait les membres de la famille du batelier, quelques amis, et l’on mangeait des couquebacques, que l’on arrosait d’un verre de vin.

La fête se terminait par une sauterie entre jeunes gens et gentilles demoiselles. Danser sur une bélandre et sur la Deûle, cela ne se fait probablement plus. Il y aurait en effet danger d’attraper le choléra !

Voici la brasserie de la Réforme : C’est là qu’eut lieu le fameux banquet du 7 novembre 1847, chez le citoyen Jérôme Dutilleul. Lorsque, réunis dans le grand Salon Blanc à la Mairie, les souscripteurs se préparaient à partir en cortège pour se rendre au banquet, un roulement de tambour éclata soudainement dans la salle comme un coup de tonnerre : on ne s’y attendait pas ; c’était presque saisissant et comme une sorte d’appel à l’émeute. Le but des promoteurs du banquet était d’obtenir une réforme électorale, mais pas de faire une révolution. C’est ce qui explique que toutes les fractions de l’opposition s’étaient entendues, afin de pouvoir s’exprimer dans une réunion publique et par une démonstration  d’ensemble, contre le monopole électoral.

Le Maire de Lille avait refusé les salles de la mairie au comité chargé d’organiser le banquet ; on ne fut pas plus heureux en demandant l’Hôtel des pompiers.

Malgré tout cela les choses allaient bien, le programme des discours était arrêté, lorsqu’on apprit au dernier moment l’arrivée de Ledru-Rollin ; il venait pousser à la sédition. Cette nouvelle décida une modification des toasts (expressions de l’opinion de l’assemblée).Mais elle ne fut pas point acceptée ; les députés de la gauche se retirèrent, et Ledru-Rollin resta maître du terrain. Odilon Barrot partit avec ses amis, sans prononcer le moindre petit discours. Il valait vraiment bien la peine d’ameuter tout le monde pour battre en retraite d’une manière aussi piteuse.

Une phrase de Ledru-Rollin était remarquable : Les révolutions ne se font pas pour le mot avec lequel on les fait, nous demandons la réforme, nous voulons … une voix s’écria : la République. Si nous avions prévu cela, disait un des participants au banquet, nous serions restés chez nous…

Il était trop tard, la République était faîte ! On nous préparait le suffrage universel et le bonheur dons nous jouissons maintenant...

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