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  • Le Club des Ambassadeurs de Wazemmes
  • Le Club des Ambassadeurs de Wazemmes est constitué d'une équipe de retraités dynamiques dont l'objectif est de transmettre la mémoire du quartier à toute les générations....
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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 15:21

 

 

 

Une ville bourrée de travailleurs

 

 

Ville humide, marquée par le climat océanique et parcourue par un lacis de canaux qui, de temps immémoriaux, servent à l’industrie et qui, mal curés, altèrent l’atmosphère.

Ville sur laquelle va s’épaissir le manteau de « noirets » tissé par les manufactures où la machine à vapeur a été installée…

Ville dont les voyageurs disent cependant le charme qui tient moins à ses monuments  - elle n’en a guère – qu’au mélange du pittoresque militaire (7 portes, 5 casernes, 4.000 hommes) et de l’activité commerciale. Tous sont frappés par l’animation des rues : chariots transportant les produits de l’industrie, chevaux des militaires et des bourgeois, fiacres, vinaigrettes tirées par le « ch’val chrétien » et poussées par un « pouss’cu », chiens de trait qui, deux par deux, transportent les razaires de charbon et aussi les livraisons des bouchers et des laitiers. Sans oublier les « petits tonniaux »  de vidange traînés par les bernatiers, ni les bestiaux de la trentaine de petites fermes que Lille renferme encore vers 1850.

Cris de la rue et de ses marchands ambulants, appels des cochers, claquement des fouets, plainte lointaine des clairons, éclat de cuivre battu par le crieur des rues « Et dès l’aurore on est réveillé par le bruit des moulins à vent et de leur marteaux ; à ce bruit qui vient du dehors vient se mêle celui des machines du dedans… » (F.Grille).

Les 300 moulins de Wazemmes avec leurs grandes ailes garnies de toile rouge constituent alors l’une des grandes attractions de Lille, et quand le vent est à l’ouest, les Lillois disent : « les moulins buquent à l’iau , (en 1833, le quartier de Moulins est détaché administrativement de la commune de Wazemmes).

Mais voici qu’en 1845 la firme Wallaert Frères installe à Moulins une grande filature de lin ; alors surgissent autour de la triste église Saint-Vincent-de-Paul (1838-1848), les petites maisons d’un faubourg ouvrier et pauvre. Les moulins replièrent l’un après l’autre leurs ailes souillées par les « noirets » des fabriques.

Et tandis qu’Esquermes – au milieu de ses frondaisons et de ses eaux – résiste plus longtemps à l’assaut de l’industrie, Fives et Wazemmes voient leurs guinguettes (la Nouvelle Aventure, le Pèlerin, Labis …) et leurs chemins bordés de lilas et d’églantines menacés – en attendant d’être submergés – par la montée des manufactures qui traînent avec elles tout un monde sordide de rues particulières et de courées aux visages aveugles. Et là où résonnaient les rigodons vont retentir les cloches des usines : là où se cachait la guinguette agreste vont proliférer les estaminets et les taudis.

Nous touchons à la question essentielle qui nous force à poser le siècle de la première révolution industrielle : celle du charbon. Pourquoi ce paradoxe dont, en avril 1835, fait état le préfet baron Méchin dans un rapport officiel. « Le département du Nord est représenté  comme le plus malheureux au milieu de ses richesses industrielles et agricoles, et le plus désolé par le fléau du paupérisme » ?

Faut-il accuser le machinisme ? Certains ouvriers, parents des luddites anglais, l’ont fait, à Lille, à l’époque de l’apparition des mules-jennies qui allaient révolutionner la filature de coton. Le 20 mars 1805, deux compagnies de canonniers sédentaires ont été dépêchées dans le quartier Saint-Sauveur où des ouvriers de coton s’apprêtaient à détruire des mules-jennies

Or, de par son but même, la machine doit libérer l’homme, en le déchargeant des fatigues les plus lourdes et les plus humiliantes. En 1826, le médecin Jean-Baptiste Dupont pénètre, à Lille, dans un atelier ancien : « voyez, dit-il, ces hommes attachés à la manivelle d’une carde pendant 16 heures, pour gagner 3 F ; les chevaux qui font tourner le manège ne travaillent que 6 heures par jour. Est-ce que le peuple qui remplit ces quartiers n’inspire pas un intérêt aussi vif que les chevaux dont la paille est renouvelée tous les jours ? »

La machine installée – la machine à vapeur, la mule-jenny, la carde mécanique – l’homme est dispensé de certaines tâches pénibles ; mais il n’est pas libéré pour autant, car la véritable libération ne pourrait être acquise qu’au moyen d’une politique générale de protection du travail et de la santé, de sécurité, de promotion professionnelle, culturelle et morale, de responsabilité collective, d’aménagement des loisirs, du logement. Bref, une politique qui tienne compte à la fois des règles économiques et de la dignité du travail.

 

 *  Pierre Pierrard

 

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