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  • Le Club des Ambassadeurs de Wazemmes
  • Le Club des Ambassadeurs de Wazemmes est constitué d'une équipe de retraités dynamiques dont l'objectif est de transmettre la mémoire du quartier à toute les générations....
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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 15:27

La Fête du Broquelet du 9 Mai 1855

Le Broquelet (récit d'une ancienne dentellière).

C'est aujourd'hui le 8 mai, veille de la fête du broquelet, disait madame Finesoile en s'adressant à sa nombreuse famille ; cette fête est commune aux fileurs, aux filtiers et à une foule de professions, elle était surtout jadis, celle des dentellières.

Avant de vous narrer comment on célébrait la fête du broquelet, que je n'oublie pas de vous dire qu'on désigne sous le nom de broquelet, la petite broche ou fuseau dont se servent nos dentellières, de là le nom de cette fête populaire.

Autrefois, au jour du broquelet, on voyait les façades des fabriques pavoisées de drapeaux, ornées de festons, de couronnes et d'emblèmes; on suspendait des pièces d'étoffes très rapprochées les unes des autres, traversant la rue, ornant les fenêtres, les balcons, comme au jour de la procession de Lille : c'était partout des draperies, des étoffes artistement disposée, les unes parsemées de couronnes, d'autres d'étoiles d'or et d'argent ; ailleurs s'étalaient de gracieux bouquets, des tapisseries de feuillage qui répandaient une suave odeur.

Toutes les rues étaient belles à voir, surtout celle de l'Abiette (rue de Tournai), uniformément décorée de guirlandes et de chapelets formés d'écailles d'œufs soufflés.

Oh ! Que tout cela était beau ! Puis on voyait des troupes nombreuses d'ouvriers et d'ouvrières parcourir les rues de la ville, en chantant des couplets de circonstance, ou bien encore la fameuse chanson: Barbe de l'rue d z' Etaque, du poète lillois, du joyeux Brûle Maison ; on était alors saisi d'un accès violent de gaieté qu'on ne peut définir, et l'on était obligé de s'écrier vive le Broquelet ! Et ces jeunes filles portant des couronnes de roses au milieu desquelles était attaché le fuseau de la dentellière.

Les écoles de dentellières, les dames en tête, célébraient aussi la fête du Broquelet, parce que l'on fêtait le même jour la St Grégoire, patron des écoles. Une messe était dite, où les enfants assistaient, portant des cierges ornés de fleurs et de pain d'autel (Nieules), diversement coloriés, on les conduisaient ensuite dans les faubourgs pour qu'ils pussent voir madame du Broquelet et s'amuser à leur tour, selon leur âge, et suivant les sous qu'ils avaient en poche.

En ce beau jour, les femmes seules avaient le privilège d'ordonner les divertissements, où elles invitaient leurs maîtres, leurs parents, leurs amis.

Où est-il ce temps là, fit dame Finesoile en poussant un soupir? Où est le temps où j'allais avec mes compagnes de travail danser sur la place ? Il fallait voir dans chaque fabrique les métiers enjoliés d'aubépine qui embaumait les ateliers et faisait passer le goût de cambouis et d'huile de la filature.

C'était encore le jour où le plus ancien de la fabrique adressait au patron, au nom de ses camarates, le compliment d'usage. Le maître répondait par quelques paroles affectueuses et offrait un bonus de quelques rondelles de bière. Ces jours-là, les faubourgs regorgeaient de promeneurs. Il fallait voir la Vielle et la Nouvelle Aventure. Il fallait voir le Jardin de la Compagnie, le Sabot, le Pierrot Libre et quantité d'autres lieux de réunion encombrés de fumeur, de buveurs, de danseurs !

C'était là une véritable fête, une fête populaire, la fête des gens aisés et des artisans, la fête de l'industrie et du commerce.

Heureux temps!

Aujourd'hui, la Braderie se perd, la Sainte-Anne s'éteint quasi, le lundi de Pâques se fond en eau, le Broquelet se coule. On ne peut dire que le Broquelet c'est d'aller boire dans les cantines du quartier St Sauveur et dans quelques établissements du Faubourg de Roubaix.

Cependant, voilà le Broquelet d'aujourd'hui.

Louis Vermesse

un petit atelier de tissage.

un petit atelier de tissage.

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